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Quatre instruments bleus. Gouache et aquarelle, 102 x 156cm.

Être sûr de soi c'est déjà flemmarder.



Comme souvent lorsque j‘échoue, la peine, qui peut se mesurer proportionnellement à la hauteur de l’ambition soulevée, découvre en se creusant des vestiges de lacunes qui, tapies et enfouies sous des couches de certitudes, s’étendent si loin que m’éprouve l’unique fait de les observer.
Cette fois et comme d’autres fois j’ai raté le dessin.
Sans décrire ce à quoi je pensais, ce monochrome monstrueux qui, par la consommation intégrale d’un superbe gris cher, s’arroge le droit d’exister encore un peut dans mon salon— histoire de ne pas trop gaspiller— cache au dessous la tentative avortée de ce qui pour moi allait être génial. Et si commettre le génial était prétendument ce à quoi je pensais : il faut croire que ce n’était sans doute pas ce à quoi je pensais en réalité.
Avec la certitude au démarrage qu’au hasard d’une orchestration d’accidents résulterait un travail remarquable, j’ai appris— et vous auriez su en voyant la paëlla — qu’aucune œuvre ne surgit d’espoirs timides et de doutes raisonnés.  

Zéro

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Zéro (zayouze).  Aquarelle, 102x156cm.
L'élan meusures 01+02 photo Leacutelan-mesures0102_zpsqnibb44q.jpg L'élan meusures 03+04 photo Leacutelan-mesures0304_zps3e9fb2sw.jpg
Dessins préparatoires L'élan 02,03,04,05.

J’avais déjà posté un croquis préparatoire au report sur grand format de la série L’élan ; voici les quatre autres. Cette étape du processus montre comment j’agrandissais le petit dessin de format A4  à l’aide de quelques points désignés par l’intersection de traits verticaux et horizontaux. Une fois redistribués à l’échèle sur le format final, ils me servaient de repère pour tracer à la main le motif ; à la manière de ces jeux qui de 1 à 40 nous obligent à faire glisser la pointe du stylo pour découvrir les contours d'un dessin surprenant.

Tissant

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Terreur n°7 (Dessin tissé). Encre de chine sur papier de conservation, fils nylons, 60x80cm.

Terreur n°7 avant tissage.
Ceci-là est un dessin tissé, pas une reproduction tissée d’un de mes dessins.

Détail.
Je l’ai découpé, il le fallait ; c’était pour entrer dans la machine. Ensuite j’ai lancé la navette: droite gauche plusieurs fois, en  actionnant tout un tas de leviers qui font monter et baisser une chaine de fils nylon. C’est très long ; il faut plusieurs jours pour terminer car il y a beaucoup de fils et beaucoup de programmes. L’armure, c’est à ce nom que l’on doit l’invention du programme, m’a été dictée par Lily et Léa, deux tisserandes qui exercent à Paris. C’est à elles, et à leur savoir faire séculaire que je dois rendre hommage, sans elles je n’aurais rien fait, pas même l’idée en moi n’aurait germée. 

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Rosace. Aquarelle 110x152 cm.

Manger et jouer.

Instrument bleu n°00. Gouache et aquarelle, 21x29,7 cm.

Nous étions quelques uns à ne pas vouloir sortir. Nous voulions rester là et manger. À eux ils leur semblaient  que le fromage ici n’était pas très bon, c’est vrai qu’il n’était pas excellent ; mais c’était ça ou sortir dehors faire des phrases. Beaucoup auraient dû s’asseoir et se reposer avec nous ; certains l’envisageaient, c’était palpable, mais d’autres qui ne le souhaitaient pas auraient quand même dû.
Prononcer des mots, donner un avis, parler parler parler : c’était devenu comme ça à l’extérieur. Tout le monde tout le temps le faisait.

Aucun de notre groupe n’envisageait d’y retourner, nous voulions manger dormir et jouer, plus parler. Une table était installée : une fois le repas fini on sortait les raquettes, on poussait les assiettes et on jouait.
Maintenant il n’y a plus que nous ici, personne ne discute, on vit comme des plantes.